Les pieds à Bègles, la tête à Paris

Publié le par iconoclaste

C'est vrai : il est ch..., c'est vrai: certains zélus au PS ou à l'UMP aimeraient qu'il s'écrase ... C'est vrai: certains de ses méandres de sa pensée politique me font douter....

Mais comment s'en passer. Il est préférable d'avoir des politiques ayant du caractère et sachant dire non  que l'élu , élu par hazard, cumulard de surcroit et s'accrochant comme une bernique à un rocher mais d'une fadeur incommensurable , d'un esprit de décision de type "peut-être bien oui, peut-être bien non". Heureusement que la Gironde et l'Aquitaine possédent des personnages qui ne laissent pas indifferent : comme Madrelle, Juppé, Delaunay, Lassale, etc..
Noël Mamère à l'Assemblée, caisse de résonance de ses idées. Années 80, il est aux commandes du 13 heures d'A 2. Juin 2004, il célèbre le premier mariage homosexuel. (Archives « sud ouest »)
Noël Mamère à l'Assemblée, caisse de résonance de ses idées. Années 80, il est aux commandes du 13 heures d'A 2. Juin 2004, il célèbre le premier mariage homosexuel. (Archives « sud ouest »)

Noël Mamère le sait. Il était la meilleure chance d'Europe écologie pour les régionales en Aquitaine. On l'a pressé, il a hésité, refusé. Hélas pour son camp, désormais en prise au tumulte : « Je ne pars pas pour être second. » D'autant que la décision aurait sapé les fondations de son ADN politique. Un pied en local, à Bègles. L'autre au national, au Palais Bourbon.

Voilà vingt ans que Noël Mamère a fait de Bègles l'ancrage de sa carrière politique. Le laboratoire ou la vitrine, c'est selon. L'enfant de la bourgeoisie commerçante et catholique libournaise entame sa deuxième vie à domicile. « J'étais le suppléant de Gilbert Mitterrand, élu sur la 10e circonscription. J'ai aimé faire campagne. » En 1989, il frappe vite et fort, ravissant un précieux bastion au Parti communiste. Bègles l'ouvrière ignore encore qu'elle vient de s'offrir à celui qui la transformera en base arrière d'une carrière à la croisée de l'esprit libertaire soixante-huitard et d'un redoutable opportunisme politique.

L'onction de Chaban

Quand débute la campagne en 1989, le journaliste a quarante ans, il est célèbre, la politique le démange. Une notoriété bâtie au journal télévisé. Sa première élection façonne « l'animal » qu'il a su devenir. Quand il se lance à l'assaut de la Ville, c'est avec la bénédiction de Jacques Chaban-Delmas. « Il a été élu grâce à la droite avec le blanc-seing des socialistes », relève Gilles Savary, l'un de ses meilleurs ennemis. Noël Mamère tord du nez : « Ce n'est pas Chaban qui a dit : "Mamère à Bègles". C'est Georges Lahillère. » Ce chef d'entreprise béglais, compagnon de route de François Mitterrand, lui met le pied à l'étrier. Dans le PS local, certains sont las de jouer les éternels seconds du PCF, dont la pasionaria incontestée, Simone Rossignol, a passé la main en cours de mandat. Une partie de l'électorat modéré est fatiguée de la gestion communiste. Mamère a pour toute étiquette « majorité présidentielle ». La composition chimique de l'éprouvette est favorable, et au-delà de péripéties qui nourrissent autant de légendes (et parfois de ressentiments) qu'il y a d'acteurs, le « coup » est parfait.

Mais pas seulement : « J'ai été élu dans une ambiance délétère. Je me souviens des opposants qui hurlaient la bave aux lèvres le soir de mon élection. Il y avait des cars de CRS autour de la mairie lors des premiers conseils municipaux. Ça m'a fait le cuir. J'ai appris. » Gilles Savary raconte : « Il fallait du courage, y compris physique. » Le PCF de Jean-Jacques Paris, qui a conservé le canton contre vents et marées, n'admet toujours pas cette défaite initiale.

Voilà Noël Mamère maire de Bègles, vice-président de la CUB sur le quota personnel de Chaban-Delmas. « Je lui ai donné ma voix pour la présidence », dit-il. Pour solde de tout compte, le néo-bèglais vote peu après contre le métro de Chaban. Il n'est plus l'obligé de personne. Comme il saura très vite mettre à distance les « amis » socialistes qui l'ont introduit à Bègles, et jouer à merveille des « trois piliers » de sa majorité municipale : le PS, la société civile et les Verts (un temps réduit à sa seule personne au conseil). Et des ambitions personnelles des uns ou des autres : 20 ans après, nul des conseillers municipaux ne saurait se prévaloir d'un statut de dauphin ou de dauphine...

Fond libertaire

Il s'attelle à dépoussiérer Bègles mais trépigne rapidement. « Je ne peux pas faire une seule chose à la fois », confesse-t-il. Démarre alors un cheminement tortueux tourné vers le débat national. Mamère se reconnaît de tradition radicale (il a un portrait de Mendes-France dans son bureau), et navigue avec art avec Lalonde, Borloo, puis Tapie.

En 1997 il entre au Palais Bourbon, et « signe » l'année suivante chez des Verts qui se méfient du médiatique impétrant. Mais ils viendront le chercher au dernier moment pour les représenter à la présidentielle de 2002. Dans le désastre de la gauche, il passe la barre des 5 %. Depuis, le fait d'être l'un des rares députés Verts le protège de tous les appétits dans cette circonscription de gauche où Gilles Savary et d'autres se verraient plus légitimes... Noël Mamère adore le Parlement. « Je suis addict à Bègles, mais le travail de député me passionne. Je me sers de cette tribune comme caisse de résonance. Si je n'avais pas ce mandat il me manquerait. »

Il y a chez lui ce fond libertaire qui lui vaudra une réprimande de l'Assemblée quand il demande à ce que Jacques Chirac soit traduit en justice : « Je suis un teigneux. Les hommes de pouvoir ne me font pas peur. Je dis les choses. » Quand le PS se perd dans ses propres méandres, Mamère assure en tribun de la gauche pour les médias.

« Un Parisien »

Toute l'équation Mamère tient dans cette formule glanée dans un café béglais : « Moi je l'aime bien parce qu'on le voit partout. À l'assemblée comme à Moga. Ma femme, elle, éteint le poste quand elle l'aperçoit. Il l'agace. » « C'est un Parisien », clament ses opposants. Il s'en défend : « Je fais mon travail de député, c'est tout. Je passe trois jours par semaine dans ma ville. Je sais m'entourer, je délègue. »

À l'instar de l'ancien maire de Bordeaux, la dimension nationale nourrit la figure locale et inversement : « Par certains points, les deux hommes se ressemblent, constate Michel Duchène, ex-écologiste rallié au chabanisme et aujourd'hui à l'UMP. On leur passe tout, Chaban parce que c'était l'homme de la Résistance. Mamère parce que c'est l'homme de "Résistances". » « Chaban c'était les réseaux, lui, il a les médias », complète Gilles Savary.

L'homme sait la vacuité de la chose médiatique. Alors qu'importe qu'il soutienne n'utiliser que le vélo quand une caméra filme son arrivée en voiture. Homme de coups, il a une science aiguë de ce qui fait mouche. Le summum est atteint en juin 2004 avec le mariage homosexuel célébré en mairie de Bègles. « C'était un acte politique. Bon, c'est vrai que le casting n'était pas bon. Mais je suis parfois inconscient, comme quand j'arrache des pieds d'OGM avec José Bové. Je suis un peu morpion et je suis jaloux de cette liberté. » À la CUB, où il ne siège plus, on reconnaît son habileté : « Il sait obtenir ce dont il a besoin de Feltesse ou de Juppé », explique un connaisseur. Adroit.

En 20 ans, Bègles la ville de cheminots, d'usines et de morutières n'est pas devenue une vitrine environnementale. On lui reproche Rives d'Arcins à ses débuts ? Mamère : « J'assume totalement : c'était le prix pour la réhabilitation des berges. » Il en est aujourd'hui au « parc de l'intelligence environnementale », sur une friche pétrolière d'Esso.

Mais avec un urbanisme confié à quelques stars de l'architecture et à un noyau de très proches fidèles, l'image en a radicalement changé. Les bobos se damneraient pour s'y installer : « Tout l'enjeu a été de préserver son identité, son ancrage populaire. Nous y sommes parvenus », va-t-il répétant.

Il n'a pas d'autres priorités que de poursuivre son développement, la rénovation urbaine, l'économie créative aux Terres Neuves et a sauté dans le train d'Euratlantique. Il file son quatrième mandat de maire : « Après le quatrième, il faut arracher la perfusion. J'aurai 65 ans... Finalement, ce n'est pas si vieux... »

Auteur : Xavier Sota
et gilles guitton

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